Intervention facturable par les pompiers

La mesure, critiquée par les pompiers eux-mêmes, doit prendre effet jeudi.

 

{ EXTRAIT - Le Figaro } L'image des pompiers, ces héros du quotidien qui sauvent la population en bravant les dangers, va-t-elle sérieusement être écornée? Dès ce jeudi, dans le Calvados, certaines de leurs interventions qui toucheraient le cœur même de leurs missions seront facturées. Dans un document du 21 mars dernier, relative au SDIS (service départemental d'incendie et de secours) de ce département, une grille de prix y apparaît et sur laquelle figure notamment sur une ligne 241 euros. C'est la somme qui sera désormais réclamée pour, est-il écrit, un «relevage à domicile sans transport».

Cette formule sèche recouvre en réalité des situations de désarroi. Celles de personnes vieillissantes isolées et qui après avoir chuté et incapables de se relever appellent de l'aide. En l'occurrence les pompiers, ces soldats du feu qui incarnent par excellence le service public et le dévouement. Sur une autre ligne, il est mentionné: «levée de doute alarme incendie».

Prix réclamé: 463 euros.
Le déplacement des secours injustifié après le déclenchement d'un signal sonore sera ainsi aussi facturé.

La tarification des services existe déjà pour des activités spécifiques

Les pompiers sont les premiers à dénoncer cette nouvelle tarification. D'une même voix, les syndicats s'inquiètent de cette décision qui porte atteinte, selon eux, au sens même de leur mission. «Les gens payent déjà ce service par le biais de leurs impôts et on les fait ainsi payer deux fois», se désole Patrice Beunard, président du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels-FO. «Il ne peut y avoir des pratiques aussi disparates d'un département à l'autre», réagit pour sa part Sébastien Bouvier, de la CFDT-Pompiers tandis que pour Sébastien Delavoux, le responsable de la CGT pour cette branche d'activité, «une limite inquiétante vient d'être franchie».

Car, en réalité, la tarification des services pris en charge par les pompiers existe déjà et a même été encouragée par la Cour des comptes il y a plusieurs années. Dans un rapport rendu en 2011, celle-ci pointait une augmentation des dépenses des SDIS tout en signalant que leur gestion pouvait être améliorée grâce à une meilleure rationalisation de l'utilisation de leurs moyens. Les magistrats notaient notamment que c'est le secours aux personnes, en particulier à leur domicile, qui était en forte progression avec 663.000 interventions de plus en 2010 qu'en 2002. «Cette évolution est notamment la conséquence de la diminution des permanences médicales de proximité dans le contexte de vieillissement de la population, en particulier en zone rurale», écrivaient les auteurs du rapport. Pour compenser cette activité en hausse génératrice de dépenses, les magistrats encourageaient alors la consolidation d'une politique de facturation encore balbutiante pour diverses opérations. Parmi elles, la destruction de nids de guêpes ou le déblocage de portes d'ascenseurs. «Pratiquée dans certains départements, cette facturation cible des activités qui normalement doivent être prises en charge par des prestataires privés», décrypte Sébastien Delavoux, en poursuivant: «Mais on n'avait jamais jusqu'alors fait payer nos interventions pour secourir des personnes.»

«Les gens payent déjà ce service par le biais de leurs impôts et on les fait ainsi payer deux fois»
Patrice Beunard, président du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels-FO

Pour tous, cette évolution est la conséquence directe de la baisse de moyens financiers des départements qui majoritairement paient aujourd'hui les SDIS. Touchés par une diminution des dotations accordées par l'État, ils chercheraient à compresser certaines dépenses. «Le Calvados aurait donc choisi cette solution regrettable», indique Gaétan Lechevalier, sapeur-pompier sur le secteur et membre CGT.

Président du département (UDI) mais aussi du conseil d'administration du SDIS, Jean-Léonce Dupont défend la décision qu'il a prise. Injoignable par téléphone, celui-ci indique sur son blog que cette facturation «est parfaitement légale» et qu'elle ne touche que «des interventions de confort». Cette évolution qui peut, conçoit-il, troubler, est justement, selon lui, le moyen de préserver ce service public.

    • Par Angélique Négroni
    • Publié le 28/03/2016 à 18:36 / LE FIGARO 
    • photo : © Joncheray / Andia.fr/© Joncheray / Andia.fr

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