Des atouts qui font la différence

Le figaro - Parution 2015

COMPÉTITIVITÉ

Entreprises françaises et étrangères installées dans I Hexagone savent qu un grand nombre de produits peuvent encore etre fabriques en France Et les consommateurs se laissent de plus en plus convaincre

Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, a chausse des lunettes connectées Atol fabri-quées en Bourgogne Son prede cesseur, Arnaud Montebourg, lui, avait enfile sa marinière bretonne Armor Lux Depuis trois ans, on se porte au chevet du « made in Fran-ce » et beaucoup d'industriels s'en félicitent Car ce retour en grâce du patriotisme economique a permis d'aborder un thème longtemps tabou, le coût de la main-d'œuvre, en grande partie a l'origine de la perte de competitivite de la France face à la Chine ou l'Allemagne Le recul des parts de marche de la France dans l'économie mondiale a ete plus marque que dans la moyenne des pays développes depuis 1990, cette part des exportations a ete divisée par plus de deux, atteignant son plus bas niveau a l'automne 2014, a 3% «La même tendance s'observe en zone euro, même si la pan se stabilise depuis 2012, rappelle Matthieu Pehssie du Rausas, directeur associe senior en charge de l'industrie chez McKinsey L'industrie allemande, en revan-che, a gagne des parts Elle a su notamment profiter de la proximite des pays de l'Est avec ses salaires plus faibles pour y faire fabriquer des composants intègres dans des produits dont le design et l'assem-blage restent allemands »

Ces quinze dernieres annees, «les produits français sont devenus moins compétitifs, car la hausse de leur prix liee a la progression du cout de la main-d'œuvre n'a pas ete compensée par une amelioration de la qualite perçue par les acheteurs internationaux», détaille Denis Ferrand, directeur general de Coe-Rexecode
Maîs la roue tourne «En termes de competitivite, to France est devant ia Grande-Bretagne et l'Allemagne et, grâce au credit d'impôt pour la competitivite et l'emploi (C1CE), la France est revenue dans le peloton de tête des pay s développes pour ce  qui est du coût de la main-d'œuvre», met en avant Muriel Péricaud, PDG de l'agence publi-que BusinessFranc.e Dasn l'industrie, comme ne cesse de le souligner Emmanuel Macron, le coût est même devenu inférieur à celui en Allemagne. «Après qua-tre ans de baisse, les investisse-ments étrangers ont progressé de 8 % en France en 2014, dont 40 %étaient des réinvesrissements. C'est bien la preuve que les atouts de la France sont robustes et recon-nus ! », souligne Muriel Péricaud. La clef du succès Parmi les points forts aux yeux des étrangers - on a parfois tendance à l'oublier -, la démographie, la situation géographique et la qualité des infrastructures. Ce n'est pas par hasard qu'ArcelorMirtal vient de décider d'investir 40 millions d'euros justement dans son deuxième site français, à Fos-sur-Mer, qui ne livre que 10 % de sa production dans l'Hexagone. Les entreprises françaises investis-sent elles aussi sur le territoire. C'est le cas de la PME Abrisud

(60 millions d'euros de chiffre d'affaires, 340 salariés dans six usines). «Fabriquer en France est un atout à condition de le faire de façon différente, estime son PDG François-Xavier Desgrippes. Nous avons choisi d'être totalement intégrés, du design a la conception jusqu'à fa pose des abris de piscines. Quand on est capable de se différen-cier en innovant, on arrive même à exporter.» L'innovation est en effet la clé du succès. «Laperson-nalisation est une tendance dans ('équipement de !a maison. C'estune chance pour les acteurs français, car faire du sur-mesure à l'autre bout du monde s'avère difficile», note Emery Jacquillat, PDG de la Camif, qui a fait sa spécialité de la vente de produits français. «Au-de!à des éléments, de compé-titivité, pour les industriels et les pouvoir s publiques, le défi est égale-ment de s'atteler à améliorer les élé-ments hors coût, la qualité et le caractère innovant des produits et services qu'il faut apprendre à met- tre davantage en avant», souligne Matthieu Pelissié du Rausas. «Nous devons résoudre un problème de confiance en nous, ajoute Muriel Péricaud. Les produits et services innovants permettent de recréer de la fierté et de trouver de nouveaux leviers de croissance à l'export.»

Un autre facteur contribue à faire pencher la balance lentement : le comportement du consommateur. D'après un rapport du Crédoc de novembre, vin Français sur deux privilégie les produits nationaux. De plus en plus de consommateurs acceptent de payer plus cher pour un produit français (39 % en 1997, 61% en 2014), à condition d'être sûr de son origine (lire ci-dessous). Cela explique pourquoi le pari de François de Lacvivier, président de Lifebox, de rapatrier la production de ses détecteurs de fumée a pu être payant. Le plus dur a été de trouver les fournisseurs de com-posants sur le territoire, consé-quence des « trous » dans le tissu industriel L'industrie est capable de retrouver le rythme des gains de productivité des années 1990 si elle intègre des ruptures technologi-ques, estime McKinsey. À condition que les industriels se remet-tent à investir, ce qui n'est pas encore gagné. 

Date : 19 MAI 15
Journaliste : Annelot Huijgen





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